1944 - C'EST ARRIVE DEMAIN

(It Happened Tomorrow)
de René Clair (USA)
avec Dick Powell, Linda Darnell, Jack Oakie, Edgar Kennedy, John Philliber, Edward Brophy, George Cleveland, Sig Ruman 

Des deux côtés de l’Atlantique, René Clair s’est distingué en réalisant quelques mémorables contes fantastiques tels que Ma Femme est une Sorcière ou La Beauté du Diable. Dans le genre, C’est arrivé demain fait également figure de classique et son sujet, que convoitait à l’origine Frank Capra, trouve son origine dans une pièce en un acte écrite par Lord Dunsay. En reprenant le projet à son compte, le cinéaste s’adjoignit les services du scénariste Dudley Nichols, collaborateur régulier de John Ford, avec lequel il rédigea le script final de C’est arrivé demain, à l’issue d’une session de travail marathon de trois semaines ininterrompues.

Le postulat de départ du film, original en diable, n’aurait guère dépareillé dans un épisode de La Quatrième Dimension. Nous sommes dans les années 1890, et Larry Stevens (Dick Powell), jeune journaliste plein d’ambition œuvrant pour l’ « Evening News », rêverait de pouvoir briller dans tout New York par l’exclusivité de ses scoops. Epris de la belle Silvia (Linda Darnell) qui présente un numéro de voyance avec son oncle Ciglioni (Jack Oakie), il croise un soir le chemin du vieil archiviste Pop Benson (John Philliber), qui lui remet une édition spéciale, tout en lui déconseillant de s’en servir. Larry tombe des nues lorsqu’il constate qu’il possède le journal du lendemain. Désormais, il a le pouvoir de connaître les informations 24 heures à l’avance.

N’écoutant évidemment pas les conseils du vieux Pop, Larry use et abuse de cet incroyable avantage, distançant tous ses confrères, faisant grimper la cote de l’« Evening News », annonçant à l’avance des cambriolages ou des tentatives de suicides, et gagnant sans entrave aux courses. Le troisième jour, Larry déchante en apprenant dans son fameux journal qu’il mourra le lendemain, en un lieu précis et à une heure déjà déterminée. Il s’efforcera dès lors d’éviter à tout prix ce rendez-vous funeste, mais peut-on échapper à son destin ? La mise en scène impeccable de René Clair sert admirablement ce savoureux scénario porteur en substance d’un message sommaire mais plutôt efficace : connaître l’avenir ne rend pas plus heureux, mieux vaut profiter de la vie au présent.

Le film prend ainsi les allures d’un conte de fées moderne, d’où cette structure en flash-back qui permet d’adopter un mode de narration à la « il était une fois ». Revers de la médaille, ce procédé narratif prive le récit d’un enjeu intéressant : le protagoniste va-t-il ou non mourir ? La réponse est donnée dès les premières minutes du film. Les comédiens surjouent un peu, notamment Dick Powell et Jack Oakie, et certaines poursuites endiablées semblent payer leur tribut au splastick des temps muets. Mais C’est arrivé demain ne cède jamais complètement au burlesque, lui préférant le registre de la comédie romantique teintée par moments de mélancolie. En 1972, l’écrivain Robert Silverberg s’inspirera partiellement des thématiques du film de René Clair pour son roman « Ce qu’il y avait dans le journal ce matin »… Jusqu’à ce que la série télévisée Demain à la une (Early Edition) ne reprenne intégralement le principe de C’est arrivé demain pour le décliner épisode par épisode à partir de 1996.


© Gilles Penso  
Thema: VOYAGES DANS LE TEMPS, Contes