1980 - NEW YORK 1997

(Escape From New-York)
de John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Kurt Russell, lee Van Cleef, Ernest Borgnine, Donald Pleasence, Isaac Hayes, Harry Dean Stanton, Adrienne Barbeau

 

John Carpenter avait déjà détourné les codes du western pour les besoins de son thriller Assaut. Ici, il les transpose quelques années dans le futur. Alors que la ville de New York est devenue un quartier de haute sécurité pour trois millions de criminels, le prisonnier Snake Plissken (Kurt Russell) se voit offrir la liberté s’il peut secourir le président des Etats-Unis (Donald Pleasence) dont l’avion s’est écrasé dans la ville. Pour s'assurer de sa loyauté, on lui inocule une bombe miniature dans le corps qui explosera s'il n'a pas accompli sa mission au bout d'un délai de 24 heures. Lâché dans la jungle urbaine de New York, Snake Plissken se fait quelques alliés en chemin, dont Cabbie (Ernest Borgnine), Maggie (Adrienne Barbeau) et Brain (Harry Dean Stanton), et découvre que le président a été enlevé par la dangereuse bande de Duke (Isaac Hayes)…

Les films de John Carpenter reposent souvent sur une idée simple et diablement efficace. C’est plus que jamais le cas ici, et la mise en scène ciselée du réalisateur d'Halloween s’adapte à merveille à ce concept, profitant largement de toute l’étendue du format Cinémascope pour composer des images nocturnes superbes. D’autant que Carpenter n’a pas son égal pour maîtriser l’unité de lieu et de temps. 24 heures, les rues de New York, un homme seul contre tous : à partir de ces données simples, l’action est savamment orchestrée, avec une prédilection pour les décors sordides, les individus autant bigarrés que dangereux et les situations extrêmes. Le plus étonnant est sans doute que le résultat soit si spectaculaire malgré les faibles moyens du film.

« New York 1997 a coûté six millions de dollars, ce qui effectivement était un budget plutôt restreint », confirme John Carpenter. « Nous sommes allés tourner à Saint Louis, où avait eu lieu un grand incendie en 1977. Tout le centre ville avait été dévasté, et c’est ce qui nous a servi de décor principal. Pour les effets spéciaux, nous avons fait appel à la société de Roger Corman, New World, parce qu’ils étaient très bon marché. » (1) Parmi les talentueux artistes embauchés par Corman à cette époque, James Cameron, bientôt en passe de devenir metteur en scène, s’attela aux matte-paintings décrivant les buildings lointains de New York. Le casting du film, constitué de gueules impayables et de réjouissants seconds couteaux, est dominé par Kurt Russell, l’acteur fétiche du cinéaste, portant sur ses épaules le rôle le plus marquant de sa carrière.

Snake Plissken, l’homme dont tout le monde a entendu parler dans ce New York d’apocalypse, celui que l’on croit mort sans que personne ne s’en explique, ce mercenaire débonnaire et antisocial au patch de pirate et à la coupe hippie s’est mué en icône immuable du cinéma d’action et de science-fiction. Il est amusant de noter que le studio envisageait à l’époque de proposer le rôle à Charles Bronson ou Tommy Lee Jones, ce que le cinéaste refusa sans appel. Maintes fois imité, notamment via une myriade de petites productions italiennes, New York 1997 demeure une œuvre résolument à part, un petit miracle que Carpenter lui-même ne parvint pas à égaler lorsqu’il en signa tardivement une poussive séquelle.

(1) propos recueillis par votre serviteur en février 1995

© Gilles Penso 
Thema: FUTUR

BONUS : le poster italien