mardi 1 avril 2014

1979 - MAD MAX

de George Miller (Australie)
Avec Mel Gibson, Joanne Samuel, Steve Bisley, Hugh Keays-Byrne, Tim Burns, Roger Ward, Lisa Aldenhoven, David Bracks

 
Le carton d’introduction de Mad Max annonce que nous sommes « quelque part dans le futur ». C'est la seule indication spatio-temporelle que nous aurons à nous mettre sous la dent. A-t-on réellement besoin d'en savoir plus ? A peine le métrage commence-t-il que les pneus crissent, les moteurs vrombissent, la tôle se froisse… Il ne faut pas plus de quelques secondes pour que George Miller s’impose comme un cinéaste d’exception, immergeant les spectateurs de son premier long-métrage dans une poursuite automobile hallucinante qui ne cesse qu'au bout de dix minutes de furie mécanique. On n’avait pas vu ça depuis Bullit ou French Connection

Un fou du volant, auto-proclammé « Chevalier de la Nuit », est pris en chasse par les voitures de la police, jusqu’à ce qu’intervienne le véhicule « Interceptor » piloté par l’agent Max Rockatansky. Les cadrages au format scope, les mouvements fébriles de la caméra, le montage nerveux, tout dans ce prologue est ciselé au millimètre près. Le  héros, lui, ne nous est révélé que progressivement : d’abord les bottes, ensuite le dos, puis le regard dissimulé derrière les lunettes noires, jusqu’à ce que le visage d’un tout jeune Mel Gibson débordant déjà de charisme n’emplisse l’écran, iconisant ce Max qui n'a encore rien de « Mad ». Quand une horde de motards dirigée par le psychopathe Toecutter (Hugh Keays-Byrne) investit une petite ville pour récupérer à la gare le cercueil du Chevalier de la Nuit, la nature du film se révèle sans fard : ce récit d'anticipation est en réalité un western d'un nouveau genre.


Dans ce futur proche peu engageant, la folie s’est emparée du monde, et des policiers désabusés (surnommés « bronzes » à cause de leur plaque) filent le train à des gangsters équipés de véhicules customisés aux moteurs surgonflés. Le commissariat lui-même est un bâtiment délabré qui semble à l’abandon et résume bien la situation. Lorsque la bande de Toecutter prend au piège Jim Goose, le co-équipier de Max, la violence monte d’un cran. Elle ne quittera plus l'écran, moins visuellement que psychologiquement. Car les épreuves de plus en plus douloureuses et de plus en plus éprouvantes que s'apprête à vivre Max vont le changer à tout jamais, au rythme impitoyable des pneus arpentant le bitume comme autant de coups de couteau plantés dans une innocence perdue.


A l'issue de ce parcours du combattant, Max bascule et laisse rugir la bête qui sommeille en lui. Ce revirement est symbolisé par un masque de monstre de carnaval qu’il utilisait jadis pour s’amuser avec son tout jeune fils, et qu’il tord désormais de rage entre ses mains. Le point de non-retour est atteint, et Mad Max justifie enfin son titre, s’acheminant inexorablement vers un dénouement nihiliste. Le compositeur Brian May écrit à l’occasion une partition exagérément épique, parfois en décalage avec l’aspect brut de la mise en scène, mais qui dote le récit d’une indéniable dimension tragique. Chef d’œuvre de nervosité et d’efficacité, le premier volet de la saga Mad Max fit découvrir au grand public la richesse potentielle du cinéma australien, remporta le Prix Spécial du Jury du festival d’Avoriaz et rapporta 250 fois son budget estimé à 400 000 dollars.
© Gilles Penso

Dix ans après Easy Rider, qui avait symboliquement défini la route comme un terrain d’affrontements entre une idéologie libertaire et une autorité conservatrice dépassée, George Miller décide de dynamiter le propos en renvoyant dos à dos policiers et voyous, tous ivres de violence, de vitesse et de transgression des règles établies, dans un déluge chaotique de tôle froissée et de poursuites hallucinées. Hommage déguisé à Orange Mécanique (le gang de motards évoque énormément les Droogies de Kubrick), à Vanishing Point et au western, Mad Max demeure un miracle visionnaire, furieux et gorgé de visions aussi traumatisantes qu’esthétiquement définitives, mais aussi et surtout une poignante tragédie. A la fois création d’un personnage mythique, passionnante anticipation d’une société à la moralité erratique, et pré-naissance du post-apo tel qu’on le connaît (qui explosera véritablement dans Mad Max 2, source inépuisable d’inspiration pour les cinémas australien et italien), ce voyage est de ceux qui vous marquent à tout jamais.
© Julien Cassarino

Thema:
FUTUR

Saga: Mad Max 


BONUS : Posters des quatre coins du monde…

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